Avalanches et relief
Lorsque l'on part à la recherche de la neige, il faut toujours garder à l'esprit que la prévention des avalanches ne se limite pas à l'achat d'équipement et à la consultation des prévisions. Le relief montagneux est extrêmement varié, et nous devons donc veiller à ne pas nous aventurer dans des endroits où le risque augmente de manière disproportionnée. Le texte suivant vous aidera à tracer une ligne de sécurité.
RECONNAÎTRE UN TERRAIN D'AVALANCHE
La forêt ne pousse que jusqu’à une certaine altitude, qui constitue ce qu’on appelle la limite forestière. Si, dans la zone forestière, on trouve des zones dépourvues d’arbres, il s’agit soit de pistes de ski, soit de clairières, soit de couloirs d’avalanche. Dans tous les cas, emportez toujours votre équipement de sécurité en cas d’avalanche lors de vos sorties hivernales.
Pistes de ski
Une piste de ski damée n’est pas un terrain d’avalanche. Les pistes sont conçues en dehors des couloirs d’avalanche et la neige y est damée chaque jour. Elles se présentent sous la forme de larges bandes étroites et longues, avec des virages, et se trouvent à proximité des remontées mécaniques.
Clairières
Elles ont été créées par les bûcherons. Elles présentent des formes géométriques régulières, le plus souvent rectangulaires ou carrées. Il ne s’agit pas de couloirs d’avalanche, mais le risque ne peut être exclu.
Pistes d'avalanche naturelles
Elles se présentent sous la forme de longues bandes. Elles épousent généralement le tracé de ravins et de couloirs escarpés ou de lits de ruisseaux, parfois aussi celui de plaines plates et de versants montagneux. Elles n’ont pas de forme strictement géométrique (ni carrée ni rectangulaire). Elles peuvent s’évaser en forme d’éventail dans leur partie supérieure et inférieure. Les arbres sont absents en raison de la chute de grandes avalanches. Certaines voies sont empruntées par des avalanches chaque année, d’autres de manière irrégulière, une fois tous les quelques années.
Dans les couloirs d’avalanches, on aperçoit parfois des restes d’arbres brisés et des souches. Là où les avalanches se produisent chaque année, les arbres ont cédé la place à des buissons, qui sont souples et ne sont donc pas endommagés par les avalanches. Les buissons sont inclinés dans le sens de la chute des avalanches, vers le bas de la pente. Les couloirs d’avalanche constituent en quelque sorte un point de repère dans le terrain. Dans la mesure du possible, il vaut mieux éviter ces endroits.
Si vous devez traverser une piste d’avalanche, il est préférable de vous espacer les uns des autres. Il faut descendre les couloirs d’avalanche un par un, en s’arrêtant à des endroits protégés et sûrs. Ne vous arrêtez pas et ne vous reposez pas directement dans les couloirs d’avalanche ! Même si c’est le seul endroit où l’on peut installer confortablement une tente, ne le faites pas !
Pente du versant
La pente du terrain fait partie des éléments à prendre en compte pour choisir son itinéraire.
Pente supérieure à 45 %: il s’agit de pentes très raides où seuls les skieurs de haut niveau, capables de réagir à pleine vitesse à des phénomènes tels que le « snow sluffing » (glissement rapide de la couche supérieure de neige délogée pendant la descente, pouvant se transformer en petites avalanches, etc.). Il s’agit d’un terrain nécessitant une approche professionnelle qui dépasse le cadre de ce chapitre. Il est recommandé à la grande majorité des skieurs d’éviter les pentes extrêmes.
Pente de 25 à 45 %: c’est la pente la plus dangereuse du point de vue du risque d’avalanches de plaque ! Lors d’une ascension sur des pentes supérieures à 30°, il est préférable de se disperser. Il s’agit sans conteste du terrain le plus attrayant pour tous les bons skieurs. Nous considérons qu’une pente de 38° est critique !
Les pentes dont la pente est inférieure à 25 % – ce sont des endroits où les avalanches de plaque se forment rarement et où le risque est faible. Du point de vue du skieur, il s’agit d’un terrain agréable et peu exigeant.

Pour mesurer la pente, j’utilise un inclinomètre électronique que j’ai fixé à mon bâton. Je l’ai à portée de main dès que j’en ai besoin et je n’ai pas besoin de retirer mon sac à dos. Je mesure la pente de deux façons.
En posant le bâton directement sur la pente, sur place.
Je prends le bâton en main et je le place « visuellement à distance » contre le versant de la colline que je regarde et vers laquelle je me dirige. J’utilise cette méthode en permanence pendant la randonnée et j’ajuste mon itinéraire en fonction de la pente réelle du terrain. C’est pratique et simple.
Mesurer la pente peut paraître amusant et un peu technique, mais si vous ne connaissez pas grand-chose aux avalanches et que vous n’avez personne d’expérimenté à vos côtés, vous n’aurez d’autre choix que de contourner certaines pentes en fonction du niveau de danger d’avalanche (voir les recommandations dans le tableau).
| Niveau de danger d'avalanche | Ne vous aventurez pas sur un terrain dont la pente est supérieure à |
| 1 | sans restriction |
| 2 | 40° |
| 3 | 35° |
| 4 | 30° |
| 5 | Si vous tenez à la vie, ne partez pas ! |
Piège topographique
Un piège topographique est un endroit qui augmente la puissance d’une avalanche. Voilà la définition, mais ne vous prenez pas la tête avec ça, imaginez plutôt une petite butte d’à peine 10 m de haut avec un skieur dessus. Le skieur déclenche une avalanche qui l’entraîne sur une courte distance en contrebas de la butte. Il se retrouve enseveli jusqu’aux genoux seulement, car il n’y a pas beaucoup de neige sur une butte aussi petite et celle-ci s’étale sur la plaine.

La situation sera pire s’il n’y a pas de terrain plat au pied de la butte, mais un petit creux. La neige s’accumulera dans ce creux et, si le skieur s’y trouve, il ne pourra plus s’en extraire. Dans ce cas, les conséquences pour le skieur seront tout aussi fatales que s’il était enseveli par une grande avalanche.
De la même manière, imaginez une petite butte sur le toit d’un immeuble préfabriqué. Le skieur déclenche une petite avalanche qui ne peut pas l’ensevelir, mais le déclenchement entraîne une chute depuis l’immeuble, à laquelle il est impossible de survivre… L’immeuble fait office de piège.
Exemples de pièges topographiques
Un couloir étroit est comme un toboggan qui ne permet pas de s’échapper latéralement de l’avalanche. Même si je ne déclenche qu’une petite avalanche, je dois m’attendre à ne plus pouvoir en sortir et à être emporté par elle sur toute la longueur du couloir jusqu’au bout. En chemin, je risque de heurter des parois rocheuses et des rochers, de tomber depuis des seuils rocheux ou d’atteindre rapidement les moraines rocheuses et les éboulis au pied de la pente.
Les ruisseaux sont souvent bordés de berges escarpées. Si une petite avalanche, une coulée ou une congère se détache sur une rive escarpée, je risque d’être sérieusement enseveli. Parfois, quelques mètres cubes de neige suffisent pour que tout aille de travers. Outre le risque d’ensevelissement, il y a aussi celui de tomber dans le ruisseau, ce qui réduit les chances de survie. Il faut ajouter que, face à un mouvement aussi bref et soudain de la masse neigeuse, même un airbag anti-avalanche ne pourra pas forcément vous aider (pour fonctionner, l’airbag a besoin que la neige se déplace et se déverse sur vous pendant un certain temps). Il s’agit là d’une exception pour ce dispositif de protection contre les avalanches par ailleurs très efficace.
Les creux du terrain sont dangereux pour la même raison que les berges des ruisseaux et des couloirs. Leur petite taille donne une fausse impression de sécurité. On connaît des cas (y compris en République tchèque) où une coulée de neige ne représentait que quelques mètres cubes, et pourtant la victime a été ensevelie profondément et l’issue a été tragique.
Les zones plates au pied d’un terrain escarpé, les fonds de vallée, les routes. Si une avalanche m’entraîne et que je percute à grande vitesse une route ou le fond plat et rocailleux d’une vallée, les conséquences seront graves.
Les lacs – peu importe que la surface de l’eau soit gelée ou non. Si je me trouve dans une avalanche qui heurte de la glace dure ou la brise, mes chances de survie seront minces.
Les séracs sont des tours de glace instables qui peuvent s’effondrer à tout moment. Si une avalanche s’y engouffre, il en résulte un mélange de neige et de glace qui écrase tout ce qui se trouve sur son passage.
Fissures dans le glacier: si une avalanche entraîne une victime dans une fissure, celle-ci fait une chute.
Les moraines rocheuses et les éboulis agissent comme des râpes. Le passage d’une avalanche à travers une moraine est une autre situation qu’il vaut mieux éviter.
Seuils rocheux, parois – peu importe qu’une grande ou une petite avalanche m’entraîne, le résultat est le même : une chute depuis la paroi. Préférez un itinéraire dont la pente est ininterrompue et qui offre une bonne sortie.
Les arbres se trouvant sur la trajectoire d’une avalanche en mouvement constituent un tamis dangereux. Dans la mesure du possible, choisissez un itinéraire dont la sortie se trouve à l’écart de tout obstacle.
Configuration du terrain
Savoir repérer l’endroit où une avalanche peut se décrocher sous l’effet d’une charge est essentiel.
Les formes convexes (bombées) constituent un point faible des plaques de neige et un endroit où l’avalanche est susceptible de se décrocher. Imaginez une plaque de neige comme une feuille de papier. Si vous pliez cette feuille de papier sur le bord d’une table et que vous tirez dessus, le papier se déchire proprement le long du bord. La couche de neige se comporte de la même manière sur tous les bords et reliefs du terrain. C’est pourquoi vous devez éviter délibérément ces endroits.
Montée – si vous grimpez sur le terrain, essayez de garder les crêtes, les arêtes et les sommets en contrebas. Si vous déclenchez accidentellement une avalanche, celle-ci descendra dans la direction opposée à vous. Dans ce cas également, il est préférable de marcher en file indienne.
Descente – lors de la descente, contournez les reliefs proéminents en effectuant des virages. Je ne m’engage sur un relief surélevé qu’à titre exceptionnel, lorsque je tente de « couper » délibérément une plaque d’avalanche pour la laisser descendre. Je reviendrai plus tard sur la technique de « coupure » des avalanches. Il va de soi que ce type de terrain se parcourt en file indienne ou à distance les uns des autres.

Neige peu profonde / zones rocheuses, pierres – on dit souvent que là où des rochers dépassent de la neige, c’est sûr, car la neige « s’appuie sur les rochers ». Ce n’est pas vrai ! Imaginez la couche de neige comme du papier toilette. Les rochers agissent dans la neige comme des pointes qui percent une série de trous côte à côte dans le papier toilette. Lorsque vous tirez dessus, le papier se déchire exactement au niveau des perforations. Le principe est le même dans une plaque de neige d’où dépassent des pierres et des rochers. En cas de charge, l’avalanche se déclenchera précisément à ces endroits.
Lescorniches – elles font partie des risques graves. On sait qu’il ne faut pas marcher sur les congères. De même, il est préférable d’éviter de skier directement en dessous. L’une des raisons est que la congère qui s’effondre, ou une partie de celle-ci, peut vous heurter. De plus, une congère qui s’effondre a un poids énorme et peut déclencher une avalanche de grande ampleur !
Le relief n’est qu’un des nombreux facteurs contribuant à la formation des avalanches. Parmi les autres, on peut citer les conditions météorologiques.
Cela pourrait vous intéresser
- Informations de base sur les avalanches
- Les avalanches et la météo
- Équipement de sécurité en cas d'avalanche : pour évoluer en toute sécurité en hors-piste
- Comment s'équiper pour le ski de randonnée
INFOS AVALANCHES
Vous partez à la montagne cet hiver ! Vous évoluez dans des zones où des avalanches peuvent se déclencher ? Téléchargez l'e-book AVALANCHE INFO, réalisé par des experts reconnus : Martin Honzík, sauveteur professionnel, Janek Bednařík et Dušan Stuchlík, guides de montagne UIAGM, ainsi que Michal Bulička, guide de l’Alpenverein.
Cet ouvrage vous guidera de manière claire et concise à travers tous les pièges liés à la pratique des sports d’hiver en montagne. Divisé en six chapitres, il vous permettra d’aborder tour à tour du ski de randonnée, du freeride et l'équipement de sécurité en cas d'avalanche , le sauvetage d’une personne ensevelie, les avalanches en tant que telles, la progression à ski sur un glacier, les premiers secours et la planification des randonnées. Le tout présenté de manière claire et agréable à lire.