Avalanches et météo
Le réchauffement qui touche les montagnes a toujours un impact considérable sur le manteau neigeux et, dans certaines régions, augmente considérablement le risque d'avalanche. Les conditions météorologiques ont une influence non négligeable sur la formation des avalanches ; il est donc utile de savoir à quoi prêter attention lors de la planification de randonnées et des déplacements en terrain hivernal.
AVALANCHES ET VENT
Skier dans la poudreuse fraîchement tombée est une activité magnifique, mais aussi très traîtresse. Trouver le bon itinéraire et éviter de se retrouver pris dans une avalanche n’est pas du tout simple. De nombreux facteurs entrent en jeu. L’un d’entre eux est le vent, qui est en fait celui qui me fait le plus peur. En effet, il forme des plaques de neige, responsables de la plupart des accidents d’avalanche.
Lorsqu’une tempête de neige fait rage (il neige et le vent souffle fort ), des congères se forment derrière les obstacles sur le terrain. Lors d’une véritable tempête, une congère d’un mètre peut se former en quelques minutes seulement. Sur la route, on les appelle des « langues de neige ». Tout déneigeur sait qu’il ne sert pas à grand-chose de déblayer ces langues en pleine tempête, car elles se reformeront toujours rapidement. L’effet du vent est également souvent bien visible, par exemple sur le toit d’un refuge de montagne.

Le vent agit de manière similaire en haute montagne, où des corniches se forment sur les crêtes et, en dessous, de dangereuses plaques de neige. C’est pourquoi, lorsque vous cherchez un itinéraire sûr, vous devez connaître la direction du vent, c’est-à-dire d’où il soufflait et dans quelle direction il a soufflé en dernier. Vous pourrez ainsi estimer où se trouvent les plaques de neige que vous souhaitez éviter. Observez les vallées, les crêtes, les cols et les versants autour de vous, et repérez les traces laissées par le vent.

Les congères
Elles indiquent le mieux la direction et la force du dernier vent. Elles se forment derrière la crête – sous le vent – et représentent un grand danger. Sous l’effet d’une charge ou de leur propre initiative, elles peuvent se décrocher et provoquer une avalanche. Évitez absolument de vous déplacer sur une congère ou en dessous.

Sous une congère se trouve une plaque de neige dangereuse ! Plus la congère est grande, plus la plaque en dessous est importante. Ne skiez jamais sous une congère! Je considère les congères comme des points d’exclamation qui m’indiquent de quel côté de la pente je dois descendre. Le mieux est de skier là où il n’y en a pas.
Conseil : Il arrive exceptionnellement que je me trouve sur une crête et que je doive descendre vers le versant sous le vent, qui est dangereux. Je n’ai pas d’autre choix et je dois passer entre les congères. Dans ce cas, je cherche sur la crête un endroit où il n’y a pas de congère. Cela signifie que le vent n’a pas soufflé à cet endroit, ou que la pente est trop faible (crête de neige). Il s’agit d’une situation critique, il est impératif de skier seul !

Les congères
Elles se forment derrière un obstacle (rocher, arbre, poteau…). Elles rétrécissent de la pointe vers le côté sous le vent. Elles sont généralement visibles de loin et vous aident à déterminer d’où venait le vent et dans quelle direction il soufflait sur la pente éloignée.
Givre
Contrairement aux congères, elle s’accumule sur un obstacle dans le sens contraire du vent (bien visible sur les balises de randonnée, les croix de sommet, etc.)
Les petites formations éoliennes sur la neige constituent un véritable casse-tête. Il est assez difficile de s’y retrouver. La partie au vent des différentes « crêtes et marches » est généralement raide/perpendiculaire. La partie longue, plate et en pente douce des marches se trouve sous le vent. Parfois, ce n’est pas évident, car le vent peut dessiner sur la neige des formes circulaires et ondulées qui risquent plutôt de vous dérouter.
Si vous savez d’où venait le vent et dans quelle direction il soufflait, divisez le terrain en zones au vent et sous le vent. Les pentes et zones au vent sont généralement plus sûres. Les zones sous le vent sont en revanche dangereuses, car la neige s’y accumule en plaques, qu’il faut éviter. Lorsque le risque d’avalanche est élevé, privilégiez sans hésiter les zones au vent.
Il arrive parfois que la situation soit plus complexe, notamment lorsque le vent pousse la neige en travers ou en diagonale du terrain. Dans un tel couloir, le vent peut par exemple souffler de gauche à droite ou inversement. Dans ce cas, le couloir présente un côté sous le vent (plaque de neige) et un autre côté au vent (souvent déblayé jusqu’aux rochers ou à la glace). Si vous devez traverser ce couloir, déplacez-vous exclusivement sur la partie déblayée ! En règle générale, il est beaucoup plus difficile de marcher sur de la glace déblayée que dans la neige soufflée, où l’on peut facilement creuser des marches. De même, une descente sur de la glace dure ne fait pas partie des expériences les plus agréables, comparée à une descente à ski dans la poudreuse soufflée. Or, dans un tel cas, la frontière entre sécurité et danger est très mince. Un simple pas dans la neige soufflée peut suffire à déclencher un glissement de neige. Pour l’ascension, enfilez de préférence des crampons et progressez sur la glace. Si vous descendez un tel couloir, vous devez maîtriser votre descente et rester dans la partie balayée par le vent du couloir. Ce n’est pas facile.
Les cuvettes glaciaires peuvent présenter des difficultés similaires. Il s’agit de vallées semi-circulaires (que l’on trouve par exemple dans les Monts des Géants), où les congères vous aideront à déterminer l’emplacement de la ligne de sécurité.

Faites preuve de la même prudence lorsque vous contournez des rochers et des pierres, où de petites plaques d’avalanche peuvent être enfouies par le vent. Au Canada, on surnomme familièrement ces petites plaques « cookies ». Savoir slalomer sur un terrain accidenté lorsque le niveau de danger d’avalanche est de 3 ou plus est la clé de la survie. Comme vous pouvez le constater, ce n’est pas simple, et c’est la raison pour laquelle il est recommandé aux non-initiés, lorsque le niveau de danger d’avalanche est élevé, de ne pas s’aventurer sur le terrain ou de faire appel aux services d’un expert.
LE SOLEIL ET LA CHALEUR
Tout comme le vent, le soleil et la chaleur ont une grande influence sur le risque d’avalanche. Ils provoquent la fonte de la neige et augmentent la quantité d’eau dans le profil neigeux. L'eau contenue dans la neige augmente considérablement le risque d'avalanche, tout comme la pluie. Les toits enneigés des maisons ont un aspect féérique jusqu'à ce que le soleil se mette à briller et qu'un redoux s'installe. La neige dévale alors en faisant un grand bruit des toits vers les trottoirs, mettant en danger les piétons. La neige se comporte de la même manière lors d’un redoux en montagne, où des avalanches de neige mouillée dévalent les pentes. L'influence du soleil sur les pentes varie en fonction de leur orientation par rapport aux points cardinaux (ainsi que de leur situation dans les hémisphères). En fonction de l'activité solaire, on distingue deux régimes pour les randonnées hivernales :
RÉGIME HIVERNAL
En hiver, les journées sont courtes et le soleil n’est pas très intense. Compte tenu du temps limité, nous planifions des randonnées d’une journée entière.
Sur les versants sud, le soleil brille sur la neige toute la journée et peut ainsi modifier sa structure. C’est pourquoi, même pendant les mois d’hiver froids, les versants sud peuvent se stabiliser davantage que les versants nord, où tout reste « figé » à l’ombre. S’il y a beaucoup de neige et un risque d’avalanche élevé, il y a de fortes chances que la situation soit meilleure sur un versant sud qu’ailleurs (bien sûr, cela dépend également d’autres facteurs, comme le vent, etc.). Même par temps glacial, des croûtes gênantes peuvent se former sur les versants sud lors des journées ensoleillées.
En hiver,les versants est et ouest ne sont généralement que partiellement exposés au soleil. Le risque d’avalanche y est davantage lié au vent et à d’autres facteurs. La formation de croûtes gênantes y est exceptionnelle.
Les versants nord offrent généralement la meilleure neige poudreuse grâce à l’ombre, mais présentent également un risque d’avalanche plus élevé. Le danger d’avalanche dépend de plusieurs autres facteurs (vent, couches dangereuses, etc.). Les croûtes sont pratiquement inexistantes.
RÉGIME DE PRINTEMPS
Les journées sont longues, le soleil est déjà puissant, les températures varient davantage. Il gèle la nuit, tandis que les températures restent au-dessus de zéro pendant la journée. Au soleil, il peut faire si chaud qu’on peut se mettre en t-shirt ; la neige se ramollit souvent jusqu’à devenir de la « bouillie » et perd de sa stabilité. La nuit, la neige regèle pour devenir « dure comme du béton ».
Sur les versants sud, la neige fond rapidement au soleil, s’imprègne d’eau, s’alourdit et dévale vers la vallée sous forme d’avalanches humides. Il arrive parfois que toute la masse neigeuse glisse sur un substrat herbeux ou rocheux – ce sont les « avalanches de fond ». En raison du risque élevé d’avalanche, il vaut mieux éviter les expositions au sud par temps chaud et ensoleillé. On rencontre aussi souvent des croûtes très désagréables.
Les versants est sont les premiers à être ensoleillés le matin et c’est là que vous trouverez un peu de chaleur après une nuit glaciale. Au lever du soleil, la couche supérieure de neige, d’une épaisseur d’environ 5 à 10 cm, se ramollit, ce qui permet de bien skier. L’après-midi, l’ombre revient et tout regèle rapidement. On y trouve rarement des croûtes.
Les versants ouest restent gelés en matinée, mais peuvent se transformer l’après-midi en un véritable enfer de neige fondante, avec un risque d’avalanche élevé comparable à celui des versants sud. Si vous prenez du retard lors de votre randonnée et que vous arrivez ici pour la descente de l’après-midi, il se peut que vous deviez attendre que le soleil se couche et que la neige fondue regèle. Dans une neige humide et lourde, il y a un risque de déclenchement d’avalanche. On y trouve souvent des croûtes. Plus la pente est raide, plus la situation est critique.
Au printemps,les versants nord sont souvent le seul endroit où l’on peut trouver de la poudreuse et skier toute la journée. Il faut toutefois rester vigilant face aux couches dangereuses figées ou aux plaques de neige. On ne trouve pas de croûtes sur les versants nord.
En printemps, les randonnées commencent tôt le matin, alors qu’il fait encore nuit. Équipé d’une lampe frontale, c’est sur la neige gelée « comme du béton » qu’il est le plus facile de gravir les crêtes (souvent avec des crampons ou des raquettes). Les premières descentes s’effectuent sur les versants est, où la neige commence à ramollir. Plus tard dans la matinée, il vaut mieux éviter les versants est et sud, car ils deviennent instables sur le plan avalancheux (en même temps, la neige commence à fondre jusqu’à former de la neige fondue). Vers midi, vous pouvez encore bien skier sur les versants exposés à l’ouest, car c’est là que le ramollissement commence à peine avec l’arrivée du soleil. Peu après le déjeuner, il est déjà préférable de terminer la randonnée en sécurité au refuge, car l’après-midi, les versants ouest viennent s’ajouter aux versants sud dangereux et la situation avalancheuse peut devenir critique pendant plusieurs heures. Le risque atteint son pic l’après-midi, parallèlement à la température diurne. Dans ce cas, les retardataires risquent de se retrouver « coincés » sur les sommets ou dans les cols, où il vaut mieux attendre jusqu’au soir, lorsque tout aura de nouveau gelé. Les versants nord (et, exceptionnellement, les versants est) peuvent constituer une alternative praticable même l’après-midi. La nuit, tout gèle à nouveau « comme du béton ».
ALTITUDE
En montagne, on distingue trois zones verticales : la zone forestière, la limite de la forêt et la zone au-dessus de la forêt. En raison des différences de température, de la force du vent et de la quantité de neige, chaque zone est différente.
Zone forestière – la situation avalancheuse dans la forêt est généralement meilleure qu’ailleurs. En effet, le vent ne souffle pas dans une forêt dense, et les arbres créent de l’ombre tout en réduisant l’impact du soleil. J’évite de skier en forêt lorsqu’il fait chaud et que l’isotherme (0 °C) se situe au-dessus de la lisière de la forêt.
Même si je considère que skier en forêt est plus sûr qu’au-dessus de la limite forestière, cela ne doit pas être pris pour une règle absolue. Les avalanches sont moins fréquentes en forêt, mais elles peuvent tout de même se produire de temps en temps.
Àla lisière de la forêt (forêt clairsemée, pins nains) – le vent y est nettement plus fort qu’à l’intérieur de la forêt, c’est pourquoi on y trouve des congères, des amoncellements de neige et des plaques de petite taille. Faites particulièrement attention aux petites plaques de neige soufflées, appelées « cookies ».
Dans la zone au-dessus de la forêt – on y trouve des conditions de haute montagne, avec souvent de la neige, des vents violents, un soleil intense, du gel, etc. La situation avalancheuse dans cette zone peut différer de celle observée en forêt.
Les conditions d’avalanche à une même altitude peuvent parfois être si différentes que même les prévisions d’avalanches décrivent les dangers pour chaque zone séparément.
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